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Images rares de Joseph Zobel (Partie 2)

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Images rares de Joseph Zobel (Partie 1)

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Ouverture officielle de l’Année Zobel

Discours du maire de Rivière-Salée, André Lesueur.

Je veux d’abord dire mes plus sincères et plus vifs remerciements à monsieur Georges Laguerre, notre hôte, qui nous permet de célébrer l’ouverture de l’année Zobel dans ces lieux si propices. Je vous remercie d’avoir répondu nombreux à notre invitation.

C’est au nom du conseil municipal que je m’adresse à vous ce soir. Mais qu’il me soit permis de parler également au nom des saléens des quartiers, de ceux de Grand-Bourg et de Petit-Bourg afin de rendre un suprême hommage à un fils de la commune.

Nous sommes en 2015 et c’est l’année de Joseph Zobel.
Nous célébrons le centenaire de la naissance de cet écrivain Saléen dont la richesse de l’œuvre est immense, mais trop souvent ignorée.
La ville de Rivière-Salée va concourir à ce que l’héritage laissé par Zobel soit porté au monde tel un étendard identitaire universel. Nous sommes à Petit-Bourg, au cœur d’un lieu symbolique et emblématique : l’ancienne usine de Rivière-Salée. C’est ici qu’une partie de la vie économique de la Martinique a connu son apogée dans les années 30 : un transport fluvial couvrant tout le sud vers Fort-de-France, deux usines, de nombreuses distilleries et des ouvriers pour les faire « tourner ». C’est ici, que dans ce contexte difficile du début du 20ème siècle, que des  milliers d’ouvriers ont travaillé sur les habitations plus que de raison, pour garantir leur maigre quotidien.

C’est ici que beaucoup de victoires face à la fatalité d’une vie de misère ont été gagnées ! C’est ici, que pour Joseph Zobel, tout a pris racine. Grace à l’écriture si réaliste de Joseph Zobel, nous découvrons que la plantation, en dépit de sa violence physique et psychologique, a été un creuset moral pour développer un ensemble de valeurs communes.

Des valeurs partagées par une communauté, vivant au sein du quartier ouvrier dans lequel il a passé son enfance, élevé par sa grand-mère : la Rue cases-nègres. Tout comme elles ont guidé le parcours de Zobel, nous devons impérativement suivre sans détours, les valeurs de courage, de respect, et de dignité.

C’est cette prise de conscience qui constituera un véritable hymne à son parcours.

Joseph Zobel  avait un sens aigue de la relation d’apprentissage. Cet homme n’avait jamais fini d’apprendre car il était curieux de comprendre l’énergie qui anime les objets comme les êtres vivants qui l’entouraient. Zobel, c’est le témoignage d’une enfance passée dans des conditions de misère, qui, au lieu d’aliéner, donnent à se transcender. Transcender un destin qui semble tout tracé, mais qu’avec force, avec révolte,  on refuse d’emprunter, parce qu’un autre chemin, bien qu’ardu,  est possible.

C’est ce témoignage que nous devons porter en nous. L’oeuvre de Zobel doit nous inviter au combat. Pas un combat désorganisé et violent, mais un combat lucide, fédérateur, altruiste, qui lutte pour l’intérêt général, non pour l’intérêt particulier, d’un individu ou d’un groupe d’individus. Les écrits de Zobel portent en eux le sceau de la dignité de l’homme face à l’injustice de l’homme sur l’homme. Certains d’entre-nous ont bien connu Zobel et je suis convaincu que c’est avec une grande fierté, mais rempli d’humilité que nous pensons tous à lui ce soir.

Je me souviens de l’amitié qui le liait à ma mère, qui tenait boutique dans la rue principale de Petit-Bourg.
Ils buvaient leur « petit » Vermouth et c’est souvent dans des conversations entrecoupées de longs silences qu’ils passaient quelques instants ensemble.
Ma mère avait une grande admiration pour Zobel,  et je crois que tous les gens de Petit-Bourg l’admiraient, l’idolâtraient presque. Il en était conscient, en ressentait une certaine fierté, mais ne s’en enorgueillissait pas.

Il nous abordait avec une générosité et une sagesse propre aux grands hommes.

A nos yeux d’enfants, mais aussi et surtout à ceux des adultes, Il était le témoignage vivant que malgré la misère, il était possible d’accéder à la connaissance et à la réussite scolaire. Chaque parent rêvait au fond de lui de voir éclore au moins un Joseph Zobel dans sa famille.

Ce n’est pas une histoire lointaine racontée par d’autres, c’est notre histoire, notre Joseph Zobel, ti ich man tine, une réussite palpable, mesurable, dont nous avons été les privilégiés témoins. Zobel a toujours été l’un des nôtres. Quand son talent se révéla nous étions gorgés de fierté. Il a livré au monde une œuvre littéraire parfaite de tendresse, de vérité, de sincérité et de révolte. Le miracle de la vie de Zobel c’est l’espoir d’un monde meilleur qui est nous donné par les vertus de l’enseignement et de l’éducation.

Son oeuvre résistera et grandira de jour en jour, quand tant d’autres, acclamés à leur apparition, disparaîtront rapidement dans la banalité même de leur succès.

La solidité du style, la conscience, le désir de perfection, tout ce qui a rebuté d’abord, travaille à la conquête de l’immortalité. Son oeuvre se classe parmi les œuvres résumant une intelligence et une époque. Zobel a été le bon et génial écrivain que l’on n’attendait pas. Il a laissé l’œuvre qui survit, l’œuvre vivante qui gagne en force, à chaque lever nouveau du soleil. Elle fait partie désormais de l’éternelle nature, comme les hivernages et les carêmes sans fin qui se succéderont pour nous et pour nos descendants.

La ville de Rivière-Salée, par cette volonté de célébrer l’année Zobel, trace dès à présent  le chemin de cette gloire éternelle, c’est le suprême hommage, que nous pouvons rendre à Joseph Zobel. Joseph Zobel qui finalement n’est point parti. Il est encore là avec nous ce soir… Il est de ceux dont les œuvres grandiront et vivront à jamais.

Merci de votre attention.